Que le CJA puisse devenir le porte-étendard africain d’un journalisme éclairé et libre - Dali

Ashraf Aboul-Yazid est un poète, romancier et journaliste égyptien né en 1963. Actuellement, il est le rédacteur en chef de The Silk Road Literature Series et il est investi sur le champ du journalisme culturel depuis près de 30 ans. A ce jour, il a déjà écrit et traduit pas moins de 35 ouvrages et certains de ses romans et recueils de poésie ont été traduits en anglais, espagnol, turc, persan, coréen, malayalam, sindhi et allemand entre autres. D’ailleurs, en 2012, il a été élu homme de culture de l'année, dans la République du Tatarstan en Russie. En outre, plus tard, en 2014, il a remporté le Grand Prix Manhae de littérature de la République de Corée. Enfin, en 2015, il a remporté le Prix du journalisme culturel arabe, aux Emirats Arabes-Unis. Aujourd’hui, depuis 2016, Ashraf Aboul-Yazid est le président de l’Association des journalistes d’Asie. Et maintenant, il est également le vice-président du CJA (Congrès des journalistes africains), délégué à la région de l’Afrique du Nord.

Que le CJA puisse devenir le porte-étendard africain d’un journalisme éclairé et libre - Dali

Article publié le 02 Mars 2021 par Michael Adeboboye et traduit de l'anglais au français, par Moïse MANOEL

Que cela fait-il donc que d’être un poète et un journaliste reconnu ?

J’ai découvert très jeune la poésie et le journalisme qui m’ont assez rapidement ouvert sur le reste du monde. Par la suite, mes voyages dans 33 pays m’ont aidé à écrire à la fois une littérature d’introspection d’inspiration personnelle, ainsi qu’une littérature plus axée sur les médias et le journalisme. Me connecter aux autres est devenu la devise de mon existence.

Tu es le président de l'Association des journalistes d’Asie, ainsi que le vice-président du CJA, pour l’Afrique du Nord. Comment décrirais-tu la pratique journalistique sur le continent asiatique et en Afrique ?

L’Asie et l’Afrique n’ont pas seulement pour héritage commun, d’avoir été des terres de lutte, de pouvoir et de conquête, pour des explorateurs ou des marchands peu scrupuleux. Ces deux continents sont aussi unis par un ensemble de points communs qui trouvent leur source dans la difficulté à prendre part au concert des nations, tel que définit par l’Occident. Malgré elles, l’Afrique et l’Asie ont été le théâtre d’atroces conflits internationaux, durant les deux guerres mondiales et par la suite, ces deux continents, se sont retrouvés marginalisés au moment des décolonisations. L’Afrique et l’Asie n’ont ensuite pour ainsi dire que brocarder à travers un regard journalistique occidental sélectif et condescendant. Aujourd’hui, il nous appartient que de produire nos propres narratifs médiatiques, sans travestir les faits, mais en les expliquant à l’aune de notre propre regard. L’Association des journalistes d’Asie offre un portail, à la fois en anglais, mais aussi en arabe ou en coréen. Toutefois, d’autres journalistes au sein du réseau travaillent à faire vivre des contenus numériques sur internet dans d’autres langues asiatiques, très répandues. Pareilles initiatives devraient être dupliquées en Afrique, afin que les médias reflètent notre identité historique et sociale.

Comment décrirais-tu le CJA, en tant qu’organisation panafricaine de journalistes dont tu es toi-même le vice-président régional ?

Le CAJ représente une opportunité pour se rassembler, se connaître et échanger autour de nos pratiques professionnelles. Toutefois, ça doit devenir également l’occasion de mener un plaidoyer, afin que les conditions et les difficultés d’exercice de notre profession soient mieux reconnus des autorités aussi bien à l’échelle nationale, qu’internationale. Nous sommes les quatrième pouvoir et nous avons notre rôle à jouer dans les équilibres démocratiques. Le CJA se doit de défendre un journalisme libre, indépendant et éclairé.  

Selon toi, quels sont les avantages à rejoindre le CJA en tant que journaliste ?

Le CJA permet aux journalistes de ne pas rester isolés face à leurs difficultés. C’est aussi un vecteur de multiculturalisme, mais à l’échelle africaine, dans une recherche de solutions endogènes à nos problématiques professionnelles. A titre personnel, je rêve d’un passeport panafricain pour permettre aux journalistes du continent que de pouvoir voyager partout en Afrique, sans visa. Il nous faut élargir le champ des possibles.

En Égypte, comment décrirais-tu les rapports qu’entretiennent les journalistes avec leur gouvernement ?

L’Egypte connaît un certain décollage économique et les journalistes sont priés de se joindre à la campagne gouvernementale, vantant les mérites du bilan économique du Maréchal Al-Sisi. Cependant, la société égyptienne est clivée et cela se reflète au niveau journalistique. La place de l’islam dans la société soulève énormément de division et avive les tensions. Personnellement, l’islamisme n’appartient pas à ma famille de pensée, comme pour nombre de mes confrères. Toutefois, certains journalistes peuvent être instrumentalisés et cela donne lieu à des dérives.

Qu’attends-tu du CJA pour la suite ?

Le CJA doit être une plate-forme de brainstorming d’idées, en même temps qu’une agora intellectuelle. Cependant, un agenda et une programmation doivent se construire autour de cet axe. Et cela reste à développer pour les semaines à venir, au sein de notre jeune réseau. Enfin, on ne peut pas imaginer un réseau panafricain qui fasse l’impasse sur les grandes langues d’usage de communication sur le continent africain, telles que l’arable, le français ou encore l’anglais.

Pour terminer, le CJA pour accompagner l’Afrique dans ses mutations futures, se doit aussi que de pouvoir s’emparer des questions scientifiques et technologiques qui bouleverseront le monde de demain. Des outils numériques tels que YouTube se prêtent largement à une telle vulgarisation de ces sujets qui imprègnent encore assez peu les médias africains.

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